Moteur à réaction avion : turboréacteur et turbofan BIA

Chris Auzolat

Étude des aéronefs et engins spatiaux

Moteur à réaction avion : turboréacteur, turbofan et cours BIA

Le moteur à réaction est au coeur de l’aviation moderne. Sans lui, pas de vol transatlantique en 8 heures, pas d’Airbus A380, pas de chasse supersonique. Pourtant, son principe de fonctionnement est d’une logique implacable, fondé sur une loi de physique vieille de plus de trois siècles. Ce cours te donne toutes les clés pour comprendre et maîtriser ce sujet crucial de l’épreuve de connaissance des aéronefs et des engins spatiaux.

Le principe fondamental : la loi d’action-réaction

Tout moteur à réaction applique le troisième principe de Newton : « à toute action correspond une réaction égale et opposée ». En expulsant une masse de gaz vers l’arrière à grande vitesse, le moteur crée une force de réaction orientée vers l’avant : c’est la poussée.

La formule de la poussée est : F = q × (V_sortie – V_entrée), où q est le débit massique (kg/s) de gaz traversant le moteur, V_sortie la vitesse d’éjection des gaz et V_entrée la vitesse d’entrée de l’air. Plus le débit est élevé et plus la différence de vitesse est grande, plus la poussée est importante.

Une fusée applique le même principe sans aspirer d’air : elle emporte son propre oxydant. connaissance des aéronefs BIA pour voir comment les fusées s’intègrent dans le programme Connaissance des aéronefs et des engins spatiaux.

Le turboréacteur simple flux

Le turboréacteur est le moteur à réaction de base. Il aspire de l’air, le comprime, le brûle avec du carburant, puis éjecte les gaz brûlants par la tuyère. Il comprend quatre sections principales :

  1. Le compresseur : série d’aubes rotatives et fixes qui compriment l’air entrant (rapport de compression de 10 à 40 selon le moteur). La compression élève la pression et la température de l’air.
  2. La chambre de combustion : le kérosène est injecté et brûle en continu dans l’air comprimé. La température atteint 1 500 à 1 700 °C, limitée par les matériaux (alliages de nickel, céramiques).
  3. La turbine : les gaz brûlants passent sur des aubes de turbine qui se mettent en rotation. Cette turbine entraîne le compresseur (via un arbre) et les équipements auxiliaires. Elle récupère environ 60 % de l’énergie des gaz.
  4. La tuyère : les gaz sortent de la turbine à haute pression et température. La tuyère les détend et les accélère jusqu’à des vitesses de 500 à 700 m/s. C’est cette éjection à grande vitesse qui crée la poussée.

Le turboréacteur simple flux est particulièrement efficace à haute vitesse (Mach 0,8 et au-delà). Il équipe les avions militaires de combat (Dassault Mirage, F-16, Eurofighter). Sa consommation spécifique est élevée à basse vitesse, ce qui le rend moins adapté aux vols longs.

Le turboréacteur à double flux (turbofan)

Le turbofan (turboréacteur à double flux) est une évolution majeure du turboréacteur qui domine l’aviation commerciale depuis les années 1970. Il ajoute une grande soufflante (fan) à l’avant du moteur.

Cette soufflante divise le flux d’air entrant en deux parties :

  • Le flux primaire (ou flux chaud) : une petite fraction de l’air pénètre dans le coeur du moteur (compresseur, chambre de combustion, turbine) comme dans un turboréacteur classique.
  • Le flux secondaire (ou flux froid) : la majorité de l’air est dévié par la soufflante autour du coeur du moteur. Il sort à l’arrière à une vitesse modérée (200-300 m/s), contribuant à la poussée sans passer par la chambre de combustion.

Le taux de dilution (ou bypass ratio) est le rapport entre le débit du flux froid et celui du flux chaud. Un taux de dilution de 10:1 signifie que 10 kg d’air froid passent par la soufflante pour chaque kilogramme qui passe dans le coeur du moteur.

  • Taux de dilution faible (1:1 à 3:1) : avions militaires supersoniques (F/A-18, Tornado). Meilleure performance à haute vitesse.
  • Taux de dilution élevé (5:1 à 12:1) : avions de ligne modernes (CFM56 sur Boeing 737, LEAP sur Airbus A320neo, Trent XWB sur Airbus A350). Meilleur rendement, moins de bruit, moins de consommation.

Les avantages du turbofan à fort taux de dilution sont décisifs pour l’aviation commerciale : consommation de carburant réduite de 15 à 25 % par rapport à un turboréacteur simple flux équivalent, bruit réduit (le flux froid « habille » acoustiquement le flux chaud), meilleures performances à basse et moyenne altitude. C’est pour ces raisons que la quasi-totalité des avions de transport modernes utilisent des turbofans à fort taux de dilution.

Le turbopropulseur

Le turbopropulseur est un moteur à turbine à gaz dont la turbine extrait suffisamment d’énergie pour entraîner une hélice. La poussée est essentiellement produite par l’hélice (80 à 90 % de la propulsion totale), le reste provenant de l’éjection résiduelle des gaz.

Il combine les avantages des deux familles : la fiabilité et la puissance massique de la turbine à gaz, l’efficacité de l’hélice aux vitesses moyennes (300 à 700 km/h). Il équipe de nombreux avions régionaux (ATR 42, ATR 72, Dash 8), avions de transport militaire (C-130 Hercules) et avions d’entraînement militaire (PC-21). hélice d’avion BIA pour comprendre le fonctionnement de l’hélice entraînée par un turbopropulseur.

Le turbomoteur (pour hélicoptères)

Le turbomoteur est adapté à la propulsion des hélicoptères. Il fonctionne comme un turbopropulseur mais entraîne le rotor via une boîte de transmission (réducteur). La boîte de transmission est indispensable car les rotors tournent à 250-400 tr/min environ, bien en-dessous des 20 000-40 000 tr/min du turbomoteur.

Exemples de turbomoteurs emblématiques : le Turbomeca Arriel (hélicoptères Airbus H125 et H145), le General Electric T700 (Black Hawk, Apache). Le Turbomeca Arrius équipe les petits hélicoptères de tourisme et d’entraînement (Robinson R66, Guimbal Cabri G2 dans sa version turbine).

Comparatif des moteurs à réaction

TypeTaux de dilutionDomaine d’emploiExemples d’avions
Turboréacteur simple flux0 (pas de soufflante)Chasse supersoniqueMirage 2000, F-16
Turbofan faible dilution0,3:1 à 3:1Chasse, jet d’affaires rapideF/A-18, Falcon 7X
Turbofan fort dilution5:1 à 12:1Avions de ligne, gros porteursA320, B737, B777
TurbopropulseurHélice (80-90 %)Régional, transport militaireATR 72, C-130
TurbomoteurRotor via réducteurHélicoptèresH125, Black Hawk

Questions fréquentes sur le moteur à réaction

Quelle est la différence entre un turboréacteur et un turbofan ?

Le turboréacteur simple flux éjecte uniquement les gaz brûlants par sa tuyère. Le turbofan ajoute une soufflante qui fait passer un grand volume d’air froid autour du coeur du moteur. Ce flux froid se mélange aux gaz chauds en sortie, réduisant la vitesse d’éjection globale et donc le bruit. Le turbofan est aussi beaucoup plus économique à vitesses subsoniques, ce qui en fait le standard de l’aviation commerciale.

Qu’est-ce que le taux de dilution d’un turbofan ?

Le taux de dilution (bypass ratio) est le rapport entre le débit massique du flux froid (air contournant le coeur du moteur) et celui du flux chaud (air traversant la chambre de combustion). Un taux de 10:1 signifie que 10 fois plus d’air passe dans la soufflante que dans le coeur. Plus ce taux est élevé, meilleur est le rendement propulsif à vitesse subsonique et plus le moteur est silencieux. Les turbofans modernes comme le CFM LEAP atteignent un taux de 11:1.

Pourquoi un réacteur utilise-t-il du kérosène et pas de l’essence ?

Le kérosène (Jet-A1 pour l’aviation civile) présente plusieurs avantages sur l’essence : point d’éclair plus élevé (moins de risque d’inflammation accidentelle), densité énergétique supérieure (plus d’énergie par litre), lubrification naturelle des pompes de carburant, stabilité chimique à haute température. Il est aussi moins volatile, ce qui réduit les risques lors du ravitaillement et du stockage. Les moteurs à pistons d’aviation légère utilisent plutôt de l’Avgas 100LL (essence aviation à faible teneur en plomb).

Comment un moteur à réaction démarre-t-il ?

Le démarrage d’un réacteur nécessite d’abord de faire tourner le compresseur par un moyen externe jusqu’à un régime suffisant pour que la combustion soit auto-entretenue. Un démarreur pneumatique (air sous pression fourni par l’APU – groupe auxiliaire de puissance – ou par un groupe au sol) est la solution la plus répandue sur les avions de ligne. Des démarreurs électriques sont utilisés sur les avions plus petits. L’allumage est assuré par des bougies haute énergie dans la chambre de combustion.

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